La villa

Tout, tout de suite et peut-être plus rien demain

20 février 2020
Par Julien Hervy, consultant en stratégie et Eric Grelet, dessinateur humoristique
Créer dans l'éthique

Les rayons du soleil doucement chauffaient ses joues. Fermer les yeux suffisait pour lui rappeler ses jours heureux en Provence, il y a maintenant bien longtemps. Sous ses paupières, une brume ocre formée par la lumière de l’astre scintillant ravivait ses plus beaux souvenir d’antan : les balades entre les roches du Lubéron en été. Cependant, l’odeur d’œuf pourri d’une pollution dense et toxique la ramenait très vite à la réalité : celle d’une nature en décomposition. Le mot d’ailleurs n’avait pas plus de réalité à cette époque que celle des dinosaures. Le soleil seul fournissait des faibles sensations pour que les terriens se rappellent qu’un jour la vie ici fut douce. Le châtiment éternel imposé aux quelques millions d’humains restant.

Certaines personnes, suffisamment aisées, s’offraient ce qu’on appelait désormais des sensations antiques : une bouffée d’air frais jalousement conservées, la texture d’une feuille de palmiers bien protégée ou encore le goût du vin AOC depuis longtemps passé. En 2083, nous sommes à nos aïeux de 2020 ce qu’ils étaient pour les philosophes grecs : une bande d’enfant gâtés qui n’avaient pas voulu croire au réchauffement climatique. Pourtant, nous avions été mis en garde bon nombre de fois… Mais l’instantanéité, la consommation de masse et la mobilité nous avaient paru plus importants.

Nous voulions tout tout de suite, quitte à ne plus rien avoir après. Aujourd’hui, notre ambition a été revu à la baisse : nous voulons juste assez pour survivre, quitte à disparaître à la fin du siècle.

La poignée de scientifiques toujours en vie a tout planifié : comme un cancer qui aurait envahi la terre et qui tous nous affecterait, nous ne vivrons pas au-delà de la deuxième décennie du centenaire suivant. Au-delà, plus assez de ressources, nos corps trop faibles pour supporter des conditions climatiques extrêmes nécroseront comme nous avons abimé la planète bleue.

Nous humains sommes le terreau fertile du mal qui envahit le globe, et qui exterminera complètement la prochaine génération, la dernière. Depuis 2020 nous avons perdu 33 cm de taille moyenne, et 24 kg en poids moyen. Nombre de pays ont disparu sous les eaux : l’Océanie toute entière, le Japon, une partie des pays scandinaves, etc. Les animaux sauvages n’existent plus, seuls survivent quelques rares chiens et chats difformes.

Et dire qu’en 2019 notre grande problématique était liée au financement des retraites. Sujet qui tous nous opposait. Des millions de personnes se battait corps et âme pour défendre les finances d’un futur qu’on savait déjà pourtant très peu sûr sur le plan économique. On n’envisageait pas encore l’ampleur du risque que nous prenions à détruire nos forêts, à assécher nos vallées et à empoisonner le bleu des océans. Comment croire au feu lorsque l’on ne voit pas l’étincelle ?! Et pourtant partout la température montait, les mers débordaient et les icebergs coulaient… Trop occupés à tirer le meilleur profit des ressources naturelles, nous avions perdu la sensation de satiété : un mode de vie plus frugal n’était même pas envisageable. Mais ce genre de lucidité n’a qu’un temps, à charge de la nature de nous rappeler que nous avons été trop violents.

En 2020 les médias avaient décidé de concentrer notre anxiété sur un virus pour faire le buzz. Oubliant que celui-ci ne serait jamais aussi désastreux que le venin que nous injections à notre cher habitat terrestre. La maladie que nous propagions partout, le CO2, ne nous paraissait alors pas plus dangereuse. Ça, nous nous en accommodions.

Des initiatives éco-coresponsables comme la villa Shamengo à Bordeaux étaient pourtant censées nous remettre sur le bon chemin : celui de la protection de notre écosystème. Mais pour cela, très peu descendaient dans la rue, et seules quelques rares images étaient diffusées dans les infos. Il semblerait que l’intérêt collectif soit bien moins passionnant… Nos financiers excellaient lorsqu’il s’agissait de programmer des investissements rentables à court, moyen et long terme. Les politiques quant à eux savaient protéger leur carrière au sommet du gouvernement avec la plus grande habilité. C’est sans doute ce qu’on apprenait le mieux à l’ENA. Aujourd’hui, plus de polytechnique ou d’HEC, juste quelques économistes reconvertis pour évaluer le rationnement nécessaire en vue d’une mort lente et douloureuse d’ici 40 à 50 ans.

Mais cela est une fiction, il est encore temps de raisonner. Commençons déjà par supporter l’initiative de Catherine avec Shamengo. Signez la pétition ici