Les pionniers

Que sont-ils devenus ?

30 octobre 2018
Pilgrim Beart - Pionnier Shamengo fondateur d'AlertMe, "serial entrepreneur"
Préserver la planète Mots-clés : Lutte contre le réchauffement climatique

Shamengo a tourné votre portrait vidéo de pionnier au moment où vous développiez AlertMe. Êtes-vous toujours à la tête de cette entreprise ? Si oui, pourquoi ? Sinon, pourquoi ?

Je suis sorti d’AlertMe que j’ai fondé en 2006 et qui est devenue leader dans le secteur des services de maison connectée. Et cela pour une bonne raison ! J’ai vendu la société en 2015 à British Gas, l’opérateur historique britannique dans le secteur du gaz. British Gas avait été l’un des partenaires de long terme de l’entreprise. L’affaire conclue a été rentable puisque le montant de la vente s’est élevé à 100 millions de dollars. British Gas s’est ainsi positionné sur le marché très prometteur de la domotique permettant de faire des économies d’énergie et de réduire l’empreinte carbone. Il est important de rappeler qu’AlertMe a été pionnier en matière d’internet des objets au Royaume-Uni et aux États-Unis. On peut dire qu’il s’agit d’une vraie réussite entrepreneuriale !

Quel a été le moment le plus heureux dans cette aventure entrepreneuriale ? Et le pire moment que vous avez vécu ?

Je crois que la période la plus exaltante a été celle où la capacité de survie de l’entreprise a été mise à l’épreuve durant la pénurie de crédit. C’était en 2008 au moment de la crise des subprimes. AlterMe employait alors 35 employés qu’il fallait payer à la fin du mois. Durant neuf mois, j’ai cru que l’entreprise allait mettre la clef sous la porte. Mais heureusement, j’ai réussi à trouver un investisseur de capital-risque qui nous a permis de boucler le tour de table et a injecté du cash. Il avait très envie de soutenir le développement d’AlertMe et d’avoir un siège au conseil d’administration. Notre vision l’avait séduit. Les acteurs du capital-risque commençaient à peine à s’intéresser au sujet du changement climatique. AlertMe promettait bien davantage que la sécurité d’un habitat connecté. La société fournissait des solutions permettant de réduire le coût de la consommation énergétique. L’investisseur de capital-risque ne s’y est pas trompé et a saisi l’immense potentiel que cela pouvait représenter pour le marché BtoC.

Vous avez créé 5 start-ups dans votre carrière. Selon vous, quelle est la « recette » du succès pour un projet entrepreneurial ?

Tout d’abord, il me semble qu’il est impératif d’avoir, dès le départ, une vision originale et innovante. C’est comme si vous saviez avant les autres dans quelle direction le marché va s’orienter et que vous détectiez les tendances avant tout le monde. Deuxièmement, il ne faut pas tenter d’être trop intelligent ! Ce que je veux dire par là, c’est que parfois, il ne faut pas faire de zèle ni se montrer trop ingénieux si le marché n’est pas mûr pour accueillir votre innovation. Il est préférable de proposer des avantages différentiels incrémentaux pour aller au rythme des consommateurs.

Dans le cas d’AlertMe, nous avons appris petit à petit grâce aux retours des utilisateurs. Nous avons progressivement ajusté la technologie en fonction des besoins et des attentes des consommateurs. Cela a pris un peu moins de trois ans pour stabiliser notre solution. Cet apprentissage en prise directe avec les clients a été essentiel avant de nous tourner vers notre réseau de partenaires de distribution. Grâce à eux, nous avons été en mesure de mettre à l’échelle nos produits. Les consommateurs, d’une part, et les intermédiaires, d’autre part, ont été très utiles à deux étapes différentes du développement.

Le marché de l’IoT dans lequel vous évoluez est-il concurrentiel ?

Quand vous développez une solution en mode précurseur, vous êtes évidemment seul sur le marché. Notre défi principal n’a pas été de délivrer une performance supérieure à celle de nos concurrents, car il n’y en avait pas. La vraie difficulté a consisté à changer les habitudes des consommateurs. J’ai l’impression qu’avec AlertMe, nous avons créé de toutes pièces un marché et un écosystème. Quant à ma nouvelle société DevicePilot qui assure la gestion de tous les appareils connectés d’une entreprise, nous n’avons pas encore de concurrence directe !

Quelles leçons avez-vous tirées de votre parcours d’entrepreneur ?

Il y a quelque temps, j’ai écrit une liste de 50 idées qui m’ont parcouru l’esprit en lien avec ma trajectoire entrepreneuriale dans le secteur de l’IoT. Je crois que pour réussir, il faut avoir un attrait pour la nouveauté et constamment aimer apprendre. Il faut aussi se faire confiance pour penser que l’on peut être bon dans un métier que l’on n’a jamais fait auparavant. Et il faut savoir parler de façon crédible de ce que l’on fait. Je rajouterai qu’il faut être capable de bien s’entourer, en particulier de collaborateurs aux profils et aux compétences complémentaires. Le délai de commercialisation (le fameux « time to market ») est un élément fondamental à maitriser, car, on peut consommer beaucoup de cash sans générer de chiffre d’affaires. Enfin, il faut savoir être persévérant au-delà du raisonnable et poursuivre son chemin en dépit des critiques. En d’autres termes, il ne faut pas hésiter à être un brin contrariant et à cultiver sa résilience !

Et si c’était à refaire, vous referiez à l’identique ?

Au début de ma carrière, j’ai travaillé dans des start-ups dans le domaine de la R&D. Puis, j’ai eu envie de me lancer et de fonder ma propre entreprise. J’ai une formation d’ingénieur, mais je n’ai pas suivi de cursus en économie et gestion. Avant de créer ma start-up, je me suis interrogé pour savoir s’il n’était pas préférable de faire un MBA pour acquérir les connaissances nécessaires pour gérer une entreprise. Au final, j’ai préféré me lancer tout de suite dans le grand bain de la start-up. Aujourd’hui, avec le recul, je me dis que j’aurais peut-être pu éviter certaines erreurs si j’avais suivi une formation commerciale en complément de mon diplôme d’ingénieur. Je précise que je n’avais pas non plus de mentor ni de manager à mes côtés pour me conseiller sur la structuration de l’entreprise et le modèle économique.

Savez-vous déjà quel sera votre prochain projet ?

Diriger une start-up est une activité à plein temps qui vous consume. Personnellement, je ne peux faire qu’une seule chose à la fois. Aujourd’hui, je suis un entrepreneur, un innovateur et je conseille aussi d’autres entrepreneurs et j’investis dans quelques jeunes pousses dans le domaine de la science et de la technologie. Peut-être que demain je créerai une start-up qui opèrera dans le transhumanisme et l’intelligence artificielle !

Le mot de la fin : avez-vous un message ou un conseil à partager avec les membres de la communauté Shamengo qui auraient envie de lancer un projet innovant ?

De mon point de vue, une entreprise n’est que le véhicule d’une idée ayant du potentiel pour un développement commercial. Il est important d’être vigilant et de s’assurer de ne pas prendre un double risque, à savoir le risque de marché et le risque technologique. Il faut savoir choisir entre une stratégie de réponse aux besoins technologiques du marché et une stratégie de création d’un marché.