Les pionniers

Que sont-ils devenus ?

30 janvier 2019
GUILHERME BAMPI - " J’ai créé une nouvelle matière avec les déchets de bois et de plastique " Fondateur de Madeplast, Brésil
Préserver la planète Mots-clés : Gestion des déchets, Habitat durable

Shamengo a tourné votre portrait de pionnier Shamengo en 2012. Où en êtes-vous aujourd’hui ? Qu’est devenu votre projet ?

Quand l’équipe de Shamengo est venue tourner le reportage vidéo ici à Curitiba, Madeplast faisait ses premiers pas et commençait à peine à lancer la production d’un produit écologique composé à partir de 70 % de bois et de 30 % de plastiques issus de déchets. Depuis, l’entreprise s’est beaucoup développée. Tout d’abord, nous avons grandement amélioré la composition de notre matériau grâce aux nanotechnologies.

En effet, dès 2013, nous nous sommes intéressés aux technologies ayant trait à l’échelle moléculaire et atomique. Notre objectif était de rendre notre produit composite plus résistant et durable. Après de longs mois de recherche et développement, nous avons identifié des nanoparticules qui ont été rajoutées à la formule originelle pour permettre l’élimination de bactéries et de champignons susceptibles d’altérer le produit.

Le matériau qui sert à la fabrication de divers aménagements et sols extérieurs est exposé aux aléas climatiques. Il doit donc être aussi résistant que le bois brut et ne pas moisir sous l’effet de l’eau. Par ailleurs, grâce à ce procédé, nous avons réussi à combler les interstices entre les fibres de bois et le plastique. En 2014, nous sommes parvenus à stabiliser de façon définitive la formulation du produit. Aujourd’hui, Madeplast est en capacité de proposer un matériau composite écologique aux allures de bois naturel tout en étant plus durable que le plastique et présentant des propriétés similaires au bois. Comme vous pouvez l’imaginer, nous avons déposé un brevet pour protéger la formule au Brésil, d’une part, et aux États-Unis, d’autre part. Pour des raisons de lenteur administrative, mon invention n’est toujours pas protégée dans mon pays. Un comble ! Mais, je garde bon espoir.

Au-delà d’une qualité de produit très satisfaisante en réponse aux attentes du marché, nous avons développé de nouveaux usages et applications. En 2012, l’offre de Madeplast comprenait uniquement des planchers. Aujourd’hui, notre gamme de produits s’est étoffée. On y trouve des planchers, des revêtements, des façades, des pergolas, des poteaux-poutres… Madeplast est un vrai acteur écologique de la construction bois qui a fait ses preuves en donnant la résistance du plastique au bois.

 

Quel est votre plus beau moment ? Le pire ?

Les deux moments sont étroitement liés. Je vous explique. Entre 2012 et 2015, Madeplast a connu une croissance exceptionnelle de 50 % par an ! Une fois que la formule gagnante du produit a été trouvée, le marché a répondu très fortement et les ventes au Brésil ont explosé. Puis, la plus grande crise que notre pays ait connue a éclaté en 2016 sous la présidence de Dilma Rousseff. Madeplast comme de nombreux autres acteurs de l’industrie a été durement touchée par le marasme économique. Durant cette période, nous avons perdu beaucoup d’argent. Notre chiffre d’affaires a fortement chuté ; il avait retrouvé le niveau d’avant 2015, soit 3 millions USD. De façon assez ironique, mon plus beau souvenir, ou plus précisément ma plus grande satisfaction, est d’avoir conduit Madeplast au succès malgré les épreuves et les temps difficiles. Nous avons enregistré des taux de croissance record et de très bons niveaux de chiffres d’affaires, de l’ordre de 5 millions USD durant les meilleures années.

 

« Après réflexion et si c’était à refaire, il y a une chose que je ferai différemment : je chercherai un partenaire-investisseur. »

 

Quelles leçons avez-vous tirées de cette expérience ?

Dans ma famille, tous les hommes sont ingénieurs. Sauf moi ! J’ai suivi une formation en vente et marketing et je suis titulaire d’un MBA. Mais, j’ai grandi durant toute mon enfance dans un environnement proche du bois. Mon grand-père a consacré toute sa vie à ce noble matériau. Il a été l’un des premiers à avoir introduit des pins au Brésil. Au fond, je me suis toujours intéressé au bois. Il faisait partie de mon univers quotidien. Parallèlement, j’ai vécu dans la ville de Curitiba qui est considérée comme la ville la plus écologique du Brésil. Elle a mis en œuvre, dès 2015, des initiatives relatives au recyclage et à la valorisation des déchets. C’est donc assez naturellement que j’ai rapidement délaissé le secteur de la publicité pour me lancer dans l’aventure entrepreneuriale avec ma famille. J’ai très vite incubé ce projet portant sur la plastification du bois en lien avec les principes du développement durable et de l’économie circulaire.

Après réflexion et si c’était à refaire, il y a une chose que je ferai différemment : je chercherai un partenaire-investisseur. Nous avons injecté beaucoup d’argent personnel dans cette affaire. Aujourd’hui, avec le recul, je pense qu’il aurait été préférable d’être accompagné par un financeur pour partager les risques. Avancer seul n’est pas nécessairement la bonne solution. Durant la crise de 2016, il m’est même arrivé de regretter d’avoir lancé cette entreprise. Je me disais que j’aurais été plus malin de placer mes économies à la banque et de faire fructifier mon argent. Les taux d’intérêt d’alors étaient de 20 %. Les placements financiers étaient très juteux !

 

Quels sont vos projets d’avenir ?

Notre prochain défi est de faire connaitre les produits Madeplast au-delà des frontières brésiliennes. Sur 26 états que compte le Brésil, nous sommes déjà présents dans 17 états dans lesquels nos produits sont vendus par le biais de partenaires distributeurs, soit par Internet. Madeplast vend également des produits sur le marché américain. Maintenant, nous visons plus loin et plus grand. Nous sommes convaincus qu’il existe un potentiel important pour exporter nos produits vers d’autres marchés, en particulier en Europe et en Asie.

 

Quel(s) message(s) souhaitez-vous partager avec les membres de la communauté Shamengo qui ont une idée et/ou souhaitent lancer un projet entrepreneurial ?

Tout d’abord, je pense qu’il est inutile de se lancer dans la voie entrepreneuriale si l’on ne croit pas profondément et sincèrement à son idée. Pour moi, c’est la base de toute entreprise. Ensuite, et après quelques années d’expérience en tant qu’entrepreneur, je recommanderai de réaliser des études approfondies sur l’idée que l’on souhaite développer pour collecter des informations clés sur le potentiel de marché, l’univers concurrentiel, les opportunités, les freins éventuels… Savoir où l’on met les pieds, agir avec une bonne connaissance du secteur et de l’industrie est essentiel avant d’investir de l’argent. Cela évite aussi de perdre du temps et de faire des erreurs. Par exemple, dans mon cas, j’ai tâtonné beaucoup avant de parvenir à la formule magique pour Madeplast. J’avais une multitude d’idées, j’étais impatient de les tester. J’aurais peut-être mieux géré mes ressources si j’avais eu une meilleure compréhension du marché et de la technologie. Il ne faut pas non plus hésiter à se faire accompagner par des experts qui savent mieux que nous.

 

(Re)découvrez le portrait vidéo de Guilherme Bampi