Les pionniers

Que sont-ils devenus ?

04 avril 2019
TAMMY DUNAKIN - " Je loue mes chèvres pour tondre vos pelouses "
Préserver la planète Mots-clés : Gestion des déchets, Habitat durable, Préservation de la biodiversité, Réduction de la pollution

Shamengo a tourné votre portrait de pionnier Shamengo en 2009. Où en êtes-vous aujourd’hui ? Qu’est devenu votre projet ?

J’ai vieilli et mon corps est douloureux après toutes ces années de dur labeur! Plus sérieusement, mon entreprise de location de chèvres en remplacement des tondeuses à gazon que j’ai fondée il y a 16 ans a connu une belle expansion. J’ai développé la clientèle d’entreprises et de collectivités parallèlement aux particuliers. 75 % de mes clients sont devenus réguliers et le chiffre d’affaires a doublé en dix ans. J’ai vraiment réussi à créer un marché de niche grâce à mon procédé écologique, sans bruit ni pesticide. Je pense que le marché continuera à croitre à cause d’un nombre de plus en plus élevé de feux de broussailles et de l’apparition d’espèces envahissantes. J’interviens dans différents contextes : des jardins, des pâturages, des bassins de rétention d’eau, des sites urbains. De plus, j’ai développé le seul et unique système de franchise qui existe dans ce domaine. Nous avons maintenant 4 franchisés dans les États du Texas, du Tennessee et de Washington. Deux nouvelles franchises sont en cours.

Ce qui a également changé depuis le tournage, c’est ma situation personnelle. Je suis mariée et j’ai deux ados à la maison maintenant. Ma femme m’aide énormément dans la gestion quotidienne de mon entreprise. Avant, je devais tout faire toute seule. Depuis que nous sommes deux aux manettes, je me sens soulagée et soutenue. Elle me donne un bon coup de main sur le marketing, le site internet, la gestion administrative…

Il y a aussi un autre changement qui a nettement amélioré ma qualité de vie. Avant 2012, je me déplaçais avec mon camion et sa remorque. Il y a 7 ans, j’ai pu m’acheter une caravane. Cela fait vraiment une grosse différence ! Il faut savoir que je passe au minimum trois jours sur site. Mes missions peuvent durer jusqu’à un mois. Je dors sur place, dans ma roulotte confortable, et je vis au quotidien avec mes chiens et mes chèvres.

 

Quel est votre plus beau moment ? Et le pire ?

Depuis que je fais ce métier (avant, je travaillais dans le secteur paramédical), j’ai le sourire aux lèvres quand je vois mes chèvres heureuses et en bonne santé. Quand je débarque chez un particulier ou une entreprise, surtout lorsqu’il s’agit de zones urbaines ou périurbaines, je constate que je « fais l’événement ». Les gens sont toujours étonnés de voir ces bêtes gambader et brouter en dehors de leur environnement naturel. Mon activité suscite toujours des questions, des commentaires de la part des voisins, des passants, des salariés. Ils semblent excités par ce qui se passe qui sort de l’ordinaire. Mes chèvres ont le pouvoir de fédérer et d’instaurer une bonne ambiance dans les sites où je travaille. C’est vraiment cool !

Les pires moments sont ceux où j’ai senti que mes bêtes étaient en danger ou quand elles se sont échappées. On pense que les chèvres sont des animaux qui peuvent manger n’importe quoi et qui résistent à tout. C’est faux. Il existe de nombreuses plantes vénéneuses comme les plantes d’ornement par exemple, qui peuvent les rendre malades. Il faut sans cesse surveiller le troupeau quand les chèvres font leur travail. Avec 120 bêtes, je ne peux pas avoir l’œil partout. Je suis aussi nerveuse quand je constate qu’une chèvre s’est faufilée à travers le grillage d’une clôture. J’ai toujours peur qu’elles se fassent écraser quand on est en ville, ou qu’elles se fassent attaquer par des pumas ou des coyotes. Une fois, j’ai dû appeler les pompiers pour aller sauver une chèvre qui s’était perdue au bord d’une falaise. Pour ces raisons, je me déplace toujours avec une trousse de secours pour les soins de première urgence en cas d’intoxication ou de fracture par exemple.

 

Quels sont les enseignements que vous avez tirés de cette expérience ?

Dans mon métier, il faut avoir à l’esprit deux choses essentielles. D’abord, il faut toujours savoir écouter sa petite voix intérieure, son intuition. Quand je vois une clôture qui ne me parait pas solide et qui laisse à désirer, je me dis : « il y a un risque qu’une chèvre saute par dessus ou trouve un endroit pour passer et filer ». Au début, je me faisais ce type de réflexion, mais je n’agissais pas. Après, j’ai compris ce qu’il fallait faire pour éviter des situations compliquées. Deuxièmement, il est important d’inspecter systématiquement les sites où les chèvres sont installées. La vigilance permet là aussi de faire face à situations difficiles à gérer. Je passe donc du temps à vérifier et à contrôler plutôt deux fois qu’une !

 

« J’aimerais que mes standards deviennent ceux de l’industrie. Des standards de qualité très élevés ! »

 

Quels sont vos projets d’avenir ?

J’ai un projet de livre. J’ai déjà pensé à son titre : « La légende d’une éleveuse urbaine de chèvres ». Le problème est qu’avec ce travail qui me mobilise 7 jours sur 7, 24 heures sur 24, je n’ai pas le temps d’écrire. J’ai trouvé une parade. J’enregistre des bouts d’histoires et des anecdotes que j’ai vécues. J’espère qu’un jour, je trouverai quelqu’un pour les mettre sur le papier.

Concernant mon entreprise, j’ai évidemment envie qu’elle pérennise. Je veux développer encore davantage les franchises, grâce à ce qui fait notre différence par rapport aux 400 autres concurrents sur le marché, c’est-à-dire l’éthique et le soin que nous apportons à nos bêtes. Nous travaillons uniquement avec des chèvres en bonne santé et heureuses. Pour les plus anciennes qui ne peuvent plus donner d’elles-mêmes, nous les confions à un « centre pour chèvres retraitées ». Chez nous, les chèvres ne partent jamais à l’abattoir et ne sont jamais exploitées. Nous ne vendons pas non plus les petites biquettes. Nous offrons à nos bêtes une nourriture saine et écologique. Contrairement à ce que l’on pense, les chèvres sont intelligentes. Elles adorent jouer et ont des personnalités bien distinctes. Nous les respectons et nous les aimons. J’aimerais que mes standards deviennent ceux de l’industrie. Des standards de qualité très élevés !

À plus court-terme, j’ai envie de me libérer du temps pour être davantage auprès de ma famille et prendre des vacances. Je ne souhaite plus passer tous les mois d’hiver à l’extérieur. J’aspire à un meilleur équilibre entre vie privée et vie professionnelle. Dans cette optique, j’envisage de recruter quelqu’un pour me seconder. J’ai également pour objectif d’aider nos franchisés à se développer. Pour cela, je vais tout faire pour consolider les relations que nous avons tissées avec les clients déjà existants et élargir la clientèle corporate.

 

Quels sont les messages que vous aimeriez partager avec les membres de la communauté Shamengo ?

J’informe toute la communauté Shamengo que je vends des franchises aux États-Unis et à l’international. Si des personnes sont intéressées de répliquer le concept, en Europe ou ailleurs, je suis preneuse. Cela ne sert à rien de réinventer la roue. Nous proposons un kit de formation complet clé en main comprenant des outils opérationnels et des conseils que ce soit en matière de logistique, de sécurité, de santé, de soins vétérinaires… J’ai déjà reçu des demandes du Canada et d’Amérique latine. À bon entendeur !

 

 

(Re)découvrez le portrait vidéo de Tammy Dunakin