Les pionniers

Que sont-ils devenus ?

28 mars 2019
MARIE-ELIZABETH FAYMONVILLE - " Je vous opère sous hypnose "
Prendre soin de soi Mots-clés : Innovation médicale, Médecine naturelle

Shamengo a tourné votre portrait de pionnier Shamengo il y a quelques années. Où en êtes-vous aujourd’hui ?

Fort heureusement, nous avons avancé ! De plus en plus de jeunes médecins s’intéressent aujourd’hui à l’hypnose. En 2012, je me souviens que cet outil était utilisé uniquement pour des patients en chirurgie et des patients souffrant de douleurs chroniques. Depuis, de nombreuses études en oncologie ont été menées. Il a été démontré que l’hypnose pouvait améliorer de manière significative le bien-être des patients atteints du cancer ou en phase de rémission. L’hypnose est aussi utilisée pour des patients en soins palliatifs. Elle permet en effet de réduire l’état de fatigue, l’anxiété, les ruminations de l’esprit. Apprendre à prendre soin de soi s’adresse aux malades, mais pas seulement, cela nous concerne tous. Je travaille sur trois axes en particulier : l’estime de soi, la confiance en soi et le respect de soi et des autres. Je collabore avec de jeunes chercheurs qui conduisent des travaux sur l’évaluation du processus hypnotique.

Dans le cadre de cette recherche fondamentale, nous sommes amenés à investiguer des sujets passionnants comme la mémoire et la conscience. Par exemple, mes collègues et moi-même nous intéressons aux bénéfices de la méditation et cherchons à comprendre en quoi cette pratique diffère de l’hypnose. Nous étudions également les phénomènes d’expériences de mort imminente (EMI) et de transes chamaniques et comportementales. Par ailleurs, je suis les travaux de recherche réalisés par une jeune doctorante sur les effets bénéfiques de l’hypnose en lien avec les thérapies cognitives. Comme vous le constatez, le spectre de recherche est large et les possibilités à explorer sont encore très vastes.

 

« Mon seul but est de révéler à chaque patient sa capacité à prendre soin de lui et lui faire comprendre que la solution n’est pas à l’extérieur de lui, mais en lui. »

 

Mon objectif est d’offrir au personnel médical participant à mes formations un savoir-faire suffisant pour entraîner des changements thérapeutiques, permettre par ses capacités propres d’adapter et de développer cet outil thérapeutique dans sa pratique professionnelle et d’utiliser l’hypnose pour son évolution personnelle. En ce qui concerne les patients qui prennent part à mes ateliers de formation de groupe, je propose différents exercices comprenant des stratégies, c’est à dire des tâches à réaliser. Nous identifions 5 à 6 stratégies, le rôle du patient étant de passer de la théorie à la pratique. Cinq semaines plus tard — ou une semaine plus tard pour les patients en oncologie — nous reparlons des stratégies et des actions mises en œuvre. Par exemple, le patient a-t-il réussi à dresser la liste de ses besoins en se recentrant sur lui-même ? Dans cet exercice, j’insiste sur la différence entre les envies, les besoins et les valeurs. Je mets également l’accent sur l’importance du regard de l’autre sans tomber dans la dépendance vis-à-vis d’autrui. Une fois encore, mon seul but est de révéler à chaque patient sa capacité à prendre soin de lui et lui faire comprendre que la solution n’est pas à l’extérieur de lui, mais en lui.

 

Quel est votre plus beau moment ? Et le pire ?

Ce qui me donne beaucoup de satisfaction au quotidien, c’est de constater l’évolution positive des patients et leur mieux-être. Il m’arrive de rencontrer des patients au hasard. Quand ils m’expliquent qu’ils appliquent toujours ma méthode, parfois des années après, je suis toujours très heureuse. Récemment, une personne que je connaissais a dû se faire poser un stent cardiaque. L’opération était délicate. Grâce à l’hypnose, elle a réussi à rester trois heures dans un état de parfaite mobilité. Tous les témoignages de patients que je recueille donnent beaucoup de sens à mon action. Je m’enrichis de leurs retours et je transmets à mon tour. Je me sens ainsi appartenir à une chaine humaine. Mon outil s’améliore sans cesse sur la base des échanges et des interactions avec les patients. Je communique beaucoup et de façon bienveillante en tentant de m’appuyer un maximum sur les ressources de la personne. Il me semble important de rappeler que la médecine ne se remplace pas. Elle a toute son utilité et efficacité au travers des outils qu’elle propose, que ce soit la pharmacologie, la chirurgie ou encore d’autres techniques spécifiques. Mais, je pense tout aussi fondamental de mettre l’accent, en parallèle, sur les ressources du patient qui possède les moyens d’améliorer son état de santé. Je sus convaincue que chacun peut être acteur de sa santé.

 

« J’ai un principe dans la vie qui m’a aidée à surmonter des comportements hostiles : je n’ai pas d’énergie à investir dans les conflits. » 

 

Évidemment, mon outil n’a pas toujours fait l’unanimité que ce soit au niveau des patients ou du corps médical. J’ai pu être blessée, par le passé, par certaines personnes, attitudes ou encore par certains commentaires. J’ai un principe dans la vie qui m’a aidée à surmonter des comportements hostiles : je n’ai pas d’énergie à investir dans les conflits. J’ai également de grandes poches pour mon orgueil ! Je suis d’une nature optimiste. C’est un atout dans ce type de situations. Ma famille, en particulier mes enfants et petits-enfants, m’ont aidée à aller de l’avant et prendre du recul. Ma vie privée est une grande source d’épanouissement pour moi. Je pense également aux patients en soins palliatifs que j’accompagne jusqu’à la mort. Je réalise chaque jour à quel point la vie est un cadeau. Je m’interdis de m’enfermer dans le passé et de regarder trop loin vers le futur. Je vis pleinement l’instant présent.

 

Quels sont les enseignements que vous avez tirés de cette expérience ?

J’ai vraiment une grande chance de travailler avec de jeunes médecins et chercheurs. En 30 ans, l’évolution en termes d’état d’esprit est très intéressante. La jeune génération est avide d’apprendre à bien faire, à bien soigner. Ils sont non seulement désireux d’acquérir les connaissances et compétences nécessaires pour être techniquement excellents, mais ils ont aussi envie d’être dans la communication, la bienveillance et le respect du patient. La dimension relationnelle a pris beaucoup d’importance. Les jeunes médecins sont soucieux de redonner au patient du pouvoir dans la gestion de ses difficultés et son processus de guérison. Nous sommes loin de l’image d’Épinal du médecin dont la parole est sacrée et le diagnostic est infaillible. Chaque jour, je me dis que j’ai de la chance de collaborer avec des jeunes médecins et chercheurs merveilleux. Pour ma part, j’arrive en fin de carrière. J’ai eu le temps de mûrir mon parcours et mon approche. Je transmets aujourd’hui mon savoir à des personnes qui sauront assurer la relève, notamment mon fils qui est anesthésiste en soins intensifs. J’essaie dans la mesure du possible de valoriser tous les jeunes avec lesquels je travaille : je leur laisse la place dans les congrès et les publications. Je me mets en retrait, et je le fais très volontiers. Ce qui me donne de l’espoir, c’est que ces jeunes ont compris la nécessité de co-construire avec les patients leur parcours de santé. Je crois que le fait d’être né dans une société de l’information où l’accès aux données est facilité a contribué à changer la posture des médecins.

 

Quels sont vos projets d’avenir ?

J’ai un projet qui me tient vraiment à cœur. J’aimerais mettre à disposition le fruit de mon travail et de mes recherches au travers d’une application sur smartphone à l’attention des patients. J’envisage de développer, avec l’aide de jeunes qui maitrisent les nouvelles technologies, une application avec les différentes stratégies que je propose déjà à mes groupes de patients. L’application sera évidemment ludique et interactive. Elle permettra d’apprendre à prendre soin de soi. Je crois qu’un tel outil digital pourrait aider de nombreuses personnes à réfléchir davantage sur elles-mêmes et faire de meilleurs choix. Dans le futur, j’espère également continuer à former des patients, mais aussi le personnel médical comme des psychologues par exemple. Enfin, j’aspire à approfondir mes travaux de recherche sur le champ de la conscience. En effet, il me parait essentiel de parvenir à comprendre les troubles de la conscience que l’on retrouve dans des maladies psychiatriques telles que la schizophrénie, la dépression, les états hallucinatoires… mais aussi les états de conscience modifiés ou altérés.

 

Quels sont les messages que vous aimeriez partager avec les membres de la communauté Shamengo ?

La curiosité est une qualité essentielle quand on entreprend un projet novateur. Par exemple, j’ai été formée à l’hypnose Ericksonienne, mais je reste ouverte et à l’écoute de toute suggestion d’enrichissement de ma méthode, y compris de la part des membres de la communauté Shamengo. Rester ouvert tout en conservant un sens critique me parait tout aussi important, surtout dans le domaine de la santé. Diffuser une solution innovante exige, selon moi, d’avoir une certaine rigueur et honnêteté intellectuelle. Il faut pouvoir avancer des arguments solides et faire la preuve du concept avant de mettre la solution sur le marché. Aujourd’hui, il y a un grand nombre de non professionnels de santé qui proposent des offres. Il faut veiller à ce que les innovations proposées soient toujours conçues et déployées dans le respect et pour le bénéfice du patient. Au fond, quand il y a de l’humain, il y a de la fragilité. Dès lors, les approches ne peuvent pas être que techniciennes. Il faut développer des approches plus humanistes et sensibles.

 

 

(Re)découvrez le portrait vidéo de Marie-Elizabeth Faymonville