Les pionniers

Que sont-ils devenus ?

03 janvier 2019
CHRISTIAN BOISARD - Inventeur de la méthode Boisard anti-bégaiement
Prendre soin de soi Mots-clés : Equilibre psychologique, Prévention santé, Economie collaborative, Mobilité durable, Egalité des chances et cohésion sociale

Shamengo a tourné votre portrait de pionnier Shamengo il y a 6 ans environ. Où en êtes-vous aujourd’hui ? Qu’est devenu votre projet ?

Je vais bien et ma méthode de lutte contre le bégaiement aussi ! La seule ombre au tableau, ce sont les plaintes qui ont été déposées contre moi, dès 2015, par la Fédération Nationale des Orthophonistes. Ma méthode douce et unique basée sur la relaxation, le souffle et des exercices pratiques, ne séduit guère ces professionnels qui me voient comme un imposteur. Ils considèrent à tort que j’empiète sur leur territoire en exerçant illégalement la profession d’orthophoniste. Malgré tout le bruit de cette affaire, je reste serein. Je continue d’avancer et de poursuivre mes activités. Mes stages ne désemplissent pas et cela ne plait pas à tout le monde ! Ces stages de trois jours sont destinés à des enfants, des adolescents et des adultes qui ont essayé toutes les méthodes possibles et inimaginables pour mettre fin à leur handicap. Quand même l’accompagnement par des orthophonistes se traduit par un échec, ils se tournent vers moi. Je suis un peu leur ultime recours !

Depuis plusieurs années, je fais la promotion de ma méthode sur les plateaux télé et à la radio. Mais pas seulement. J’interviens également dans des conférences en tant que membre de l’Académie Internationale de Recherche. Mon histoire n’est pas banale. Je viens du milieu du spectacle, j’ai toujours été attiré par le show biz. J’étais bègue profond mais cela ne m’a pas empêché de côtoyer les plus grands de la variété française. Je crois que le bégaiement a été un moteur pour me dépasser. Dès l’âge de 11 ans, je vendais à la criée des journaux place du Tertre où j’étais devenu la mascotte. Pour un bègue, l’exercice était loin d’être simple ! Cette première expérience m’a donné des ailes. Je suis devenu chanteur malgré mon handicap. J’enchainais les galas, et curieusement, quand j’étais sur scène avec un micro à la main, mon bégaiement disparaissait comme par magie.

 

« Durant les 30 premières années de ma vie, j’ai vécu avec mon bégaiement. Je voulais m’en débarrasser mais l’événement déclencheur a été mon fils. »

 

Lui aussi était bègue. Un jour, j’ai été convoqué par le directeur de son école qui m’a dit froidement qu’il ne dirigeait pas une institution spécialisée pour enfants bègues. Evidemment, cette remarque m’a fait très mal, je me suis senti coupable. C’est à ce moment que j’ai décidé de faire quelque chose d’utile pour moi, pour mon fils et tous les autres bègues. Et presque sans le vouloir, à quelques semaines d’intervalle, j’ai reçu un message du ciel qui me montrait la voie pour savoir comment m’y prendre. C’est ainsi que j’ai développé une méthode basée sur le souffle et la respiration ventrale. L’approche que j’ai mise au point recèle un petit supplément d’âme puisque j’utilise beaucoup mon intuition, mon ressenti, mes antennes extra-sensorielles en quelque sorte. Ma méthode s’appuie également sur l’hypnose.

Quel est votre plus beau moment ? Et le pire ? 

Quand une adolescente introvertie qui, après une journée et demie de stage, part à l’heure du déjeuner acheter un sandwich toute seule, sans crainte, je ressens de la satisfaction. Et encore davantage quand sa mère me dit que ce n’était jamais arrivé auparavant. J’ai pour habitude de dire que ne plus bégayer m’a permis de mettre une pause à mes silences. Quand on pose un regard aimant qui ne juge pas, qui ne critique pas, l’effet est bluffant. La personne est littéralement transformée. Elle prend confiance en elle, elle ose. J’apprends aussi aux bègues, qui sont généralement émotifs, à maitriser leur grande sensibilité.

Inutile de revenir sur le conflit qui m’oppose aujourd’hui aux orthophonistes: cette épreuve est évidemment difficile à vivre pour moi. J’espère que tout cela ne sera qu’un mauvais souvenir d’ici quelques semaines.

Quelles leçons avez-vous retiré de cette expérience ?

Mon handicap – et surtout ce que j’ai réussi à en faire – m’a permis d’apprendre à croire en moi et de ne jamais rien lâcher. J’ai traversé des moments difficiles où je me sentais parfois au bord du gouffre. Mais, j’ai toujours su écouter ma petite voix intérieure qui a guidé mes pas vers un avenir meilleur. Aujourd’hui, je suis heureux car le fruit de mon parcours personnel est utile à d’autres bègues qui souffrent chaque jour en silence. Je suis convaincu que c’est dans le partage et la transmission que l’on grandit. Quand je vois des personnes sortir de mes stages, détendues, la tête haute, je me dis que j’ai suivi le bon chemin. Ma pratique fait de moi un coach bienveillant et attentif. J’adapte mes enseignements à chaque stagiaire.

Quels sont vos projets d’avenir ?

Je forme actuellement trois personnes à ma méthode. Je souhaite que la technique que j’ai développée il y a près de 20 ans puisse aider encore plus de personnes. C’est ce qui m’a motivé à transmettre mon savoir faire. Mes jeunes apprentis participent aux stages et les animent à mes côtés. Elles se forment sur le tas, en étant confrontées à des situations bien réelles. Elles peuvent ainsi « pratiquer » ce qu’elles ont appris sur des cas concrets. Je les accompagne tout particulièrement sur le travail à réaliser au niveau comportemental. Je considère que la force de ma méthode est de permettre une re-programmation mentale. Dit autrement, c’est de faire oublier à un bègue qu’il est bègue et lui redonner confiance. Je suis convaincu que la plus belle lecture qui puisse exister est celle que l’on a de soi.

Quel message souhaitez-vous partager avec les membres de la communauté Shamengo qui ont une idée et/ou souhaitent lancer un projet entrepreneurial ? 

J’ai envie de leur dire tout simplement : « croyez en vous ! ». Ce qui m’a sauvé de la détresse et qui m’a permis de rester debout, c’est de savoir que tout, absolument tout est à l’intérieur de soi, quelles que soient ses croyances et sa religion. Une fois que l’on prend conscience que la réalité n’est que le reflet de la manière dont on la pense, le tour est joué. Ayez confiance, pensez positivement et tout ira bien !

 

(Re)découvrez le portrait vidéo de Christian Boisard