Les pionniers

Nouveaux pionniers

21 novembre 2018
Interview de LUC MILBERGUE et SEBASTIEN ACKERMANN, co-fondateurs de Base innovation
Préserver la planète Mots-clés : Énergie renouvelable, Green Tech, Lutte contre le réchauffement climatique, Réduction de la pollution

Quel est votre parcours académique/ professionnel et comment vous est venue l’idée de créer Base Innovation ?

SA: j’ai une formation d’ingénieur énergéticien électronicien. En sortant de l’école, il y avait quelque chose qui m’obsédait et que je n’arrivais pas à comprendre. L’énergie solaire est de loin la plus abondante sur la planète. Elle est à l’origine d’à peu près toutes les autres formes d’énergie à l’exception de l’énergie nucléaire, de l’éolien, du pétrole et de la biomasse. Or, l’énergie solaire est faiblement exploitée. A la même époque, l’industrie des télécoms explosait et de nombreuses innovations émergeaient dans ce secteur. Je ne comprenais pas que l’énergie solaire ne soit pas rentabilisée au niveau économique alors qu’elle est pléthorique et qu’il est somme toute relativement simple de la récupérer et de la valoriser. J’ai réfléchi durant des années à la manière de créer un système innovant à partir de l’énergie solaire. C’est moi qui ai mis en place la quasi totalité de l’innovation qui constitue aujourd’hui la marque de fabrique Base Innovation.

Je m’étais fixé pour objectif de refroidir un panneau solaire dans le but d’améliorer la production électrique. Plus spécifiquement, l’idée était de faire circuler de l’air au dos du panneau pour le rafraîchir et produire plus d’électricité. Alors qu’un panneau solaire classique ne transforme environ que 15 à 20% de l’énergie solaire reçue en électricité, ma solution produit 10% d’électricité supplémentaire. La véritable innovation proposée par Base réside dans le fait que le panneau photovoltaïque produit trois fois plus de chaleur que d’électricité. Quand on produit 250 watts électriques sur la façade du panneau, on produit 744 watts thermiques. Le panneau Base Innovation est environ quatre fois plus performant qu’un panneau photovoltaïque classique du point de vue de la performance énergétique à partir du moment où l’on a l’usage de la chaleur.

 

“ J’ai été immédiatement séduit par son idée novatrice qui consistait à faire circuler une lame d’air au dos d’un panneau solaire. ”

 

LM: pour ma part, je ne suis pas ingénieur. “Nobody is perfect !”. J’ai rejoint Sébastien il y a deux ans et demi. J’ai fait une école de commerce à Bordeaux il y a un peu plus de trente ans. Au sortir de mes études, j’ai créé une entreprise dans un secteur qui n’a rien à voir avec les énergies renouvelables. J’ai développé cette entreprise durant de nombreuses années. Aujourd’hui, cette PME, qui emploie une centaine de personnes, réalise des études stratégiques et marketing pour le compte de grands groupes de la grande consommation tels que Danone, L’Oréal, Nestlé…

En réalité, j’avais envie de travailler dans un secteur porteur de plus de sens. J’ai donc organisé la transition dans mon entreprise. J’ai trouvé un professionnel qui ne connaissait rien aux études marketing comme moi je ne connaissais rien aux énergies! Mon objectif était de m’investir dans une initiative dotée de valeurs. J’ai rencontré plusieurs entrepreneurs: Sébastien était le troisième sur la liste. Cette rencontre a été décisive! Tout est allé très vite! La première fois que j’ai vu Sébastien, il m’a montré un panneau solaire qui permettait de transformer 1000 watts d’énergie solaire et de les convertir en 150 watts d’électricité, le reste étant de la chaleur perdue. Ou presque parce qu’elle permet aux oiseaux de se chauffer! J’ai été immédiatement séduit par son idée novatrice qui consistait à faire circuler une lame d’air au dos d’un panneau solaire.

J’ai fait la connaissance de Sébastien un vendredi soir et dès le lundi suivant, nous organisions une rencontre avec un troisième associé. La levée de fonds s’est faite en l’espace d’un mois. Jean-François et moi-même avons rejoint le projet Base Innovation. Comme je ne suis pas un spécialiste de l’énergie solaire, Sébastien gère toute la partie technique que ce soit le support avant vente, le bureau d’études, les opérations, les suivis de chantiers, la conception globale de toutes nos solutions. Quant à moi, je m’occupe essentiellement de la partie commerciale et du développement ainsi que des fonctions support comme la finance, les ressources humaines…

Pouvez-vous nous parler de votre innovation en termes simples?

SA: L’idée que nous avons développée au sein de Base Innovation paraît simple. Je pense que d’autres personnes avant nous avaient pensé à récupérer la chaleur dégagée par des panneaux solaires. Nous ne revendiquons donc pas la primeur du panneau solaire hybride qui produit à la fois de l’électricité et de la chaleur. Mais, nous sommes fiers de l’avoir fait! Nous ne sommes pas des pionniers au sens strict du terme. En effet, il existe d’autres produits similaires sur le marché. Des premiers travaux ont démarré dès les années soixante-dix. Nous avons récupéré des brevets et des thèses sur le sujet qui commencent à dater. Mais, à ma connaissance, personne ne peut revendiquer la paternité de l’innovation.

Le cahier des charges que nous nous étions fixés était clair: il s’agissait de développer un panneau solaire très efficace, extrêmement robuste, facile à fabriquer et doté d’une technologie suffisamment simple pour pouvoir la déployer facilement et rapidement à grande échelle. La notion d’économie industrielle était évidemment très importante. J’ai travaillé pendant une dizaine d’années dans l’industrie. L’un des facteurs clés de succès est la capacité à proposer une technologie bon marché et efficace dès les premières séries pour une diffusion rapide dans le cadre d’un modèle économique viable. Nous nous sommes rapidement rendus compte que ces objectifs n’étaient pas inatteignables. Nous avons abouti à un panneau qui, au final, est très léger et performant puisqu’il a un rendement inégalé aujourd’hui. Il est très robuste et assez peu dangereux. Quand on produit de l’air chaud, les fuites d’eau ne sont plus un problème. Les temps de retour sur investissement sont satisfaisants, ce qui explique que l’on se démarque par rapport à d’autres technologies. La rentabilité des projets est très bonne parce que la technologie est robuste, simple et efficace.

En quoi votre solution est-elle vraiment innovante?

SA: Pour être honnête, je n’étais pas visionnaire à ce point. Ce serait mentir que de dire le contraire. Notre objectif était de proposer des solutions technologiques les plus simples et les plus efficaces possibles. Jamais nous n’avons eu l’intention de créer une technologie ultra performante et chère parce que pour nous, cela n’avait aucun sens. Notre objectif était d’allier bon sens et simplicité. D’ailleurs, on nous pose souvent la question “Que signifie Base Innovation?”. C’est vrai qu’à première vue, cela ne signifie rien. Mais, en fait, il signifie tout parce qu’il nous ressemble! Il dit tout de notre esprit d’entreprise, à savoir le bon sens paysan. On a eu le déclic en deux ans ! On a essayé de trouver un procédé simple pour refroidir efficacement les panneaux photovoltaïques. On a monté des échangeurs de chaleur et des radiateurs sur l’arrière de modules photovoltaïques. On a soufflé dessus pour les refroidir et augmenter la production d’électricité. C’était un peu l’idée sous-jacente de départ. On a pu démontrer qu’on arrivait à gagner 10, 15, 20 pour cent de rendement selon l’ensoleillement et selon la qualité des échangeurs que l’on mettait à l’arrière.

 

“ Pour un ingénieur, l’une des choses les plus complexes est de parvenir à réaliser quelque chose de simple! ”

 

LM: L’innovation réside dans la mise en commun d’un panneau photovoltaïque qui produit de l’électricité à partir de cellules photovoltaïques en silicium par exemple, et d’un système qui produit de la chaleur. Les cellules photovoltaïques reçoivent les ultraviolets de la lumière visible qui est transformée en électricité. Les infrarouges contenus dans la lumière émise par le soleil, sont convertis en chaleur comme n’importe quel corps noir qui reçoit un rayon de soleil. S’orienter vers une technologie solaire hybride sur la base de panneaux photovoltaïques semblait naturel. Et c’est ce que j’ai commencé à faire à partir de 2005. De plus, le photovoltaïque a commencé à se déployer de manière massive au niveau mondial à partir des années 2008/2009. Les prix ont commencé à grimper. Dans le même temps, les semi-conducteurs et les composants principaux qui constituent un panneau photovoltaïque, étaient moins utilisés. On pouvait donc anticiper une baisse drastique des coûts. Par conséquent, on s’est complètement focalisé sur ce type de technologie contrairement à des technologies solaires classiques qui ont toujours les mêmes coûts de fabrication, ou des coûts croissants en raison de la progression du prix des matières premières. On savait que le prix de notre technologie basée sur des panneaux solaires à base de silicium allait baisser. Le prix des modules photovoltaïques a été divisé par dix en dix ans, et aujourd’hui c’est encore moins cher. Nous avions misé sur une technologie efficace qui allait monter en puissance. Nous en étions très conscients dès le départ.

Quelles ont été vos motivations pour passer à l’action et quand vous êtes-vous jeté à l’eau ?

LM: Tout est allé très vite! On a réussi à démontrer qu’on pouvait produire plus d’électricité et donc enregistrer une meilleure rentabilité. Et parallèlement, on a assisté à la baisse des prix de rachat de l’électricité qui est intervenue au niveau mondial mais surtout en Europe, tout particulièrement en France. On est passé d’un prix de rachat de l’électricité de 60 centimes à 30 voire 20 centimes. On avait donc moins d’intérêt à faire plus d’électricité. L’autre point, c’est que notre panneau photovoltaïque produisait tellement d’air chaud que nous étions en capacité de valoriser la chaleur produite. On s’est vite rendu compte que l’on pouvait l’utiliser pour des applications nécessitant de la chaleur. C’est à partir de ce moment que nous avons commencé à fabriquer des panneaux hybrides. Ces panneaux solaires produisent deux types d’énergie, à la fois de l’électricité et de la chaleur. Ils s’installent sur un certain nombre d’applications, des maisons d’habitation pour faire du chauffage et de l’électricité, des bâtiments d’activités, des applications de séchage de l’air chaud.

SA: Pour un ingénieur, l’une des choses les plus complexes est de parvenir à réaliser quelque chose de simple! J’ai mis plusieurs années à finaliser le cahier des charges. Cela a été un processus long et complexe. Il a fallu beaucoup de “jus” de cerveau, des essais, des itérations et des modélisations mathématiques pour aboutir à un panneau relativement simple quand on le voit, quand on le touche, quand on le porte, quand on sent la chaleur. Il s’agit en fait d’un panneau de verre, avec en dessous des cellules photovoltaïques. Le système de ventilation est assez simple également. Mais, pour arriver à rassembler un amas d’innovations et à rendre le produit simple, léger, robuste et efficace, plus de quatre années de développement ont été nécessaires sans compter les années de réflexion préalables à la création de l’entreprise. Aujourd’hui, la technologie est opérationnelle et les clients sont satisfaits! Et tout cela avec seulement 3 000 euros de capital!

Comment avez-vous financé le début de votre projet entrepreneurial ?

SA: Je n’avais jamais créé d’entreprise jusqu’alors. C’est ma “première fois”! Quand j’ai lancé Base Innovation, ma volonté était de démontrer que l’on pouvait créer quelque chose à partir de rien ou presque rien. 3 000 euros, cela représente à peine les frais pour créer une entreprise. Evidemment, il faut avoir une activité commerciale qui génère du chiffre d’affaires. En un mot, du cash! J’ai donc rapidement mis en place deux activités permettant de générer du chiffre: d’une part, une activité de négoce de matériels solaires, et d’autre part, une activité de conseil en ingénierie énergétique qui nous a permis de gagner de l’argent et d’auto-financer une grande partie des développements sur les premiers mois et les premières années. Très rapidement, on a fait appel aux proches, aux amis et à la famille pour venir aider à capitaliser l’entreprise. Dans la foulée, des organismes publics tels que BPI France, la Région Nouvelle Aquitaine… nous ont apporté des financements durant les premières années. Nous avons ainsi toujours su préserver, dans notre trajectoire de croissance, un équilibre entre autofinancement et financements publics. Nous avons toujours été engagés dans la transition énergétique, la promotion du “made in France” avec des fabrications 100% françaises et le soutien à la création d’emplois. Nous avons réussi à convaincre nos financeurs publics de nous faire confiance en valorisant le fait que nous étions créateurs d’emplois et de valeur dans les territoires. Ce argument a été très important au démarrage.

Le marché est-il réceptif à votre démarche? Quels sont vos concurrents ?

SA: Nous n’avons pas d’autre choix que d’être leader. Il est important que nous soyons identifiés par le marché comme tel. Quand on pose la question: “Quel est le premier aviateur à avoir traversé l’Atlantique en avion ?” Tout le monde répond “Charles Lindbergh”. Le deuxième aviateur, tout le monde l’a oublié! Quel est le premier panneau qui permet de faire de la chaleur et de l’électricité pour sécher des matières ou amener de la chaleur dans les bâtiments ? On va se débrouiller pour que tout le monde oublie nos concurrents et retienne le nom de Base Innovation. Cela a été assez long de trouver notre marché car nous disposons d’un panneau solaire polyvalent qui peut s’adapter tant aux besoins des particuliers que des entreprises, collectivités, agriculteurs et industriels. Un marché immense s’offre à nous. Nos concurrents ne sont pas tant dans les hautes technologies solaires. Il s’agit plutôt du secteur des énergies fossiles et de l’électricité nucléaire. Au quotidien, nous sommes confrontés à des chaudières à gaz, des chaudières au fioul et à des convecteurs électriques. La transition énergétique est longue à se mettre en place; elle ne dépend pas de nous. Chaque jour, il y a des avancées mais elles sont mineures en comparaison avec l’effort à fournir pour changer de modèle énergétique. Ce qui fera vraiment la différence, c’est quand la société aura compris que l’énergie solaire est bon marché, qu’elle est robuste et qu’elle est maîtrisée. Nous savons que c’est le cas depuis longtemps car nous le constatons dans nos applications et nos clients peuvent en témoigner. L’énergie solaire, particulièrement les co-générateurs, est de très loin la meilleure du marché. Aujourd’hui, on sait fabriquer des kilowatt heures à moins de 2 centimes. Soit cinq fois moins que le prix de l’électricité nucléaire qui est pourtant réputée bon marché au niveau mondial. Ce n’est pas pour rien que 90% des nouvelles installations de production d’électricité dans le monde sont photovoltaïques aujourd’hui. Le solaire, c’est bon marché et robuste. Et il répond à divers besoins. Le soleil est la solution pour demain!

 

“ Ce qui fera vraiment la différence, c’est quand la société aura compris que l’énergie solaire est bon marché, qu’elle est robuste et qu’elle est maîtrisée. ”

 

Il va sans dire que notre panneau hybride est breveté. Mais, le brevet protège un peu mais ce qui protège vraiment, c’est l’avance que nous avons acquise grâce au savoir faire de nos ingénieurs sur l’utilisation de la chaleur et aux compétences que l’on a développées sur les différents marchés (séchage du fourrage, séchage de la biomasse, séchage des déchets). Pour résumer, ce qui nous protège le plus, c’est la combinaison entre un panneau breveté et notre savoir faire. Les cinq/six années d’avance que nous avons nous protègent temporairement de la concurrence des Chinois qui débarqueront peut-être un jour avec une solution similaire à la nôtre. Mais, avant qu’ils ne réussissent à mettre au point un panneau qui produise autant d’énergie que le nôtre et qu’ils développent le savoir faire et le mettent en oeuvre dans le cadre d’applications d’efficacité énergétique ou de séchage, nous avons encore de beaux jours devant nous. La meilleure protection, c’est le temps d’avance. Notre expertise thermique nous permet d’intervenir sur des marchés très spécifiques que nous avons identifiés dans les domaines du séchage ou de l’efficacité énergétique. Nous intervenons aussi sur des bâtiments professionnels selon différentes fonctions. Dans ce cas, nous intégrons à notre système des centrales de traitement d’air ou des pompes à chaleur.

Enfin, nous sommes convaincus que notre positionnement concurrentiel est pertinent parce nous avons recruté des ingénieurs particulièrement futés sur la manière de conjuguer le thermique avec, par exemple, des centrales à traitement d’air ou des pompes à chaleur. Cela demande d’avoir des compétences en génie climatique qui sont vraiment très pointues. Parvenir à conjuguer les connaissances en matière de thermovoltaïque et les compétences en CVC et en génie climatique est rare.

Quels ont été vos premiers clients et ceux que vous visez actuellement?

SA: Je pense que la société est de plus en plus disposée à “consommer” ce type de technologie. C’est la raison pour laquelle notre croissance est aussi satisfaisante. Et c’est aussi pour cela que nous avons une grande confiance en l’avenir. On sait que la transition est amorcée et que le plus dur est fait! Je me souviens de la toute première cliente, de la toute première maison d’habitation que l’on a équipée. Cette cliente a été difficile à convaincre sur la partie technique parce que notre technologie n’avait jamais été mise en oeuvre. Oui, il a fallu convaincre mais elle a été séduite par l’esprit de l’entreprise. Elle nous a très vite fait confiance. Ce n’est pas évident pour un premier client de mettre 15 000 euros dans une installation solaire pour une habitation. Pourquoi? Parce qu’il n’y a aucun retour d’expérience et que ce sont des “petits jeunes” qui démarrent. Et aussi parce que 15 000 euros, c’est une somme rondelette pour un particulier! Je ne remercierai jamais assez la première dame qui a accepté d’installer une dizaine de co-générateurs sur son habitation. Nous sommes fiers de l’avoir accompagnée et de lui avoir proposé une superbe installation.

L’autre pan de notre marché, ce sont les agriculteurs. Les agriculteurs sont des personnes qui font preuve de beaucoup d’intelligence et de bon sens. Il est essentiel de réussir à les convaincre que des panneaux solaires peuvent répondre à leurs problématiques de séchage de fourrage par exemple. Là aussi, la tâche a été ardue. Les premiers agriculteurs qui nous ont fait confiance sont venus voir nos nouveaux prototypes. Ils ont été intéressés et séduits par la technologie. Mais, pour passer à l’acte d’achat, il a fallu déployer de nombreux efforts!

Un tel investissement représente quand même une centaine de milliers d’euros. Nous avons réussi à créer de la confiance. Nos premiers clients agriculteurs ont été satisfaits de la solution installée. Leurs exploitations fonctionnent beaucoup mieux que lorsqu’ils n’avaient pas de centrale. Car, elle leur permet d’avoir un fourrage de meilleure qualité. Ils peuvent ainsi produire du lait de meilleure qualité, renfermant plus de matières grasses et de matières protéiques. Les bêtes sont en meilleure santé, les visites chez le vétérinaire sont moins fréquentes et l’utilisation des tourteaux de soja est réduite. Le recours à nos panneaux solaires permet de renforcer le niveau de rentabilité d’une exploitation.

 

“ Notre système participe également à la transition écologique, à la préservation de la biodiversité dans les territoires et au redéploiement des systèmes herbagés. ”

Par exemple, quand on a une exploitation ovine, bovine ou caprine, on a intérêt à produire et alimenter les animaux avec du fourrage de qualité. Le principal fourrage est l’herbe ou le foin. Cet aliment est privilégié dans toutes les exploitations parce que c’est l’aliment qui convient à la majorité des animaux. Et donc une exploitation qui tourne bien, c’est une exploitation qui est capable de produire un fourrage de très haute qualité. Il faut savoir que le séchage artificiel solaire permet de récolter de l’herbe à un stade optimal et de l’engranger très rapidement, ce qui permet de conserver toutes ses propriétés nutritives et gustatives au bénéfice de l’animal. L’animal est en meilleure santé parce qu’il consomme un aliment qui est fait pour son métabolisme. Un animal est fait pour ruminer de l’herbe mais pas pour manger des haricots de soja et digérer quelque chose qui n’est absolument pas fait pour son organisme. Cela permet également une meilleure autonomie alimentaire et une réduction des dépenses en compléments azotés (tourteaux de soja, tournesol ou colza). Un lait qui a un meilleur goût et qui est plus protéiné se vend un peu plus cher. Et surtout, les transformateurs – les fromagers ou les laiteries – sont très friands de ce type de lait. Par conséquent, toute la chaîne de valeur s’en trouve améliorée. Si l’on revient aux méthodes ancestrales, l’alimentation des ruminants se faisait essentiellement avec de l’herbe. Cela paraît tomber sous le sens mais permettre à des éleveurs de renouer avec des méthodes traditionnelles grâce à une technologie efficiente permet de produire du fourrage de haute qualité. Et donc de produire du lait ou de la viande haut de gamme. Cela favorise de meilleures exploitations. Notre système participe également à la transition écologique, à la préservation de la biodiversité dans les territoires et au redéploiement des systèmes herbagés. Là où on aurait pu imaginer de vastes plaines céréalières plantées de maïs, des surfaces herbagères ont été réintroduites. Elles constituent à elles seules de grands puits de carbone puisque les prairies comme celles où nous sommes ne contiennent jamais le moindre pesticide ou engrais. Ce sont des parcelles qui poussent toutes seules. Elles captent le carbone et le stockent sous terre et produisent les protéines nécessaires à la production des élevages animaux.

Quand nous avons voulu introduire sur le marché notre technologie Cogen’air, nous avons recherché des partenaires déjà familiers avec nos procédés. Nous avons cherché longtemps et nous n’avons trouvé personne qui avait cette capacité à s’attaquer aux les problématiques techniques. C’est pourquoi, nous avons décidé de développer cette compétence en interne plutôt que de chercher un partenaire qui n’existait pas. Il y a cinq ou six ans, nous a décidé d’investir du temps, de l’énergie et des ressources pour former nos ingénieurs à différentes techniques concernant l’hydraulique, la thermodynamique, le séchage … Nous avons aujourd’hui un savoir faire reconnu au niveau national sur la problématique du séchage, de la thermodynamique ou encore de l’usage de la chaleur et de l’électricité sur des applications industrielles ou agricoles. Les clients viennent même nous chercher! Quand bien même la technique employée ne serait pas solaire, nous avons développé un véritable savoir faire reconnu.

Quel est votre modèle économique ?

LM: Nombreux sont les éleveurs qui sont conscients de tous ces avantages que vient de décrire Sébastien. Nous observons une demande en forte croissance. Grâce à la visibilité dont nous bénéficions et au bouche à oreille, nous recevons entre 5 et 10 demandes qualifiées par semaine pour des études concernant l’installation de séchoirs. On essaie aussi de travailler avec toute la profession que ce soit le CNEL, l’Institut de l’Elevage ou les grands groupes laitiers comme, par exemple, Danone. On essaie de travailler sur la réduction de l’empreinte carbone des fermes. Aujourd’hui, notre solution est perçue comme un moyen de réduire l’empreinte carbone grâce aux prairies qui sont de véritables pièges à carbone. C’est pourquoi, nos carnets de commandes se remplissent!

La difficulté dans nos métiers concerne le délai entre le moment où l’on commence à travailler sur un projet et le moment où on le construit. Il peut se passer entre 6 et 12 mois. Parfois, le processus de décision est plus rapide. Parfois, et au pire, cela peut prendre entre 24 et 36 mois, voire 48 mois pour finaliser une affaire. Il faut donc savoir être patient pour développer des projets et accompagner nos clients dans une phase de maturation et de prise de décision. Aujourd’hui, nous sommes beaucoup moins positionnés sur le marché des particuliers en raison de concurrents déjà présents sur ce marché. Ils bénéficient d’une meilleure expérience et d’une longueur d’avance. Ils font du “plug and play”. Notre combat ne situe pas là: nous avons une véritable expertise sur des applications BtoB, en particulier sur le séchage des matières, notamment le séchage de fourrage. C’est le premier marché qu’a abordé Sébastien parce qu’il a une excellente connaissance du secteur et parce qu’il y a un vrai enjeu à sécher le fourrage. Puis, nous avons très rapidement investi le marché du séchage de la biomasse, notamment le bois énergie. Cela permet d’obtenir un combustible de meilleure qualité et de produire une plus grande quantité de combustible. Le bois énergie séché combiné à d’autres technologies permet véritablement de dynamiser le chiffre d’affaires parce qu’il y a une opportunité de commercialiser plus de chaleur tout en vendant un combustible de meilleure qualité. En effet, un combustible plus sec se vend plus cher car il encrasse moins les chaudières. Le taux de cendres est plus bas, le taux de mâchefer est également plus faible. Les chaudières durent ainsi plus longtemps avec un nombre de pannes beaucoup plus faible. Le séchage de fourrage tout comme le séchage de biomasse présente un véritable intérêt économique et environnemental.

Au delà de ces deux marchés, l’un de nos collaborateurs vient de l’univers des déchets. Nous avons commencé à nous intéresser au marché du séchage des boues et des déchets principalement dans l’objectif de réduire les coûts de transport et de traitement des déchets. Comme chacun sait, les déchets finissent en enfouissement ou en incinération. Cela représente des coûts importants. Le fait de réduire le poids des déchets grâce au séchage permet d’aller chercher des gains de rentabilité assez significatifs. Tous les grands groupes spécialisés dans les déchets s’intéressent à notre technologie, soit pour abaisser leurs coûts soit pour améliorer la valorisation énergétique de leurs produits.

 

“ Avec ce panneau, nous disposons d’un moyen d’introduire quatre fois plus d’énergie renouvelable dans un bâtiment que ne le ferait un panneau photovoltaïque sur une toiture donnée qui, par définition, est finie. ”

 

Un domaine qui, selon nous, présente un important potentiel de développement est l’efficacité énergétique des bâtiments. Notre panneau sur un bâtiment assure 5 grandes fonctions. Il produit de l’électricité que l’on peut soit revendre au réseau ou que l’on peut auto-consommer. On fait aussi de la chaleur qui peut être insufflée directement dans le bâtiment. On peut également la stocker par exemple dans un ballon d’eau chaude. On peut également contribuer au renouvellement d’air. Nous travaillons très souvent avec des centrales de traitement d’air pour améliorer leur fonctionnement énergétique. On amène dans la centrale de traitement d’air de l’air qui a été préchauffé. On diminue ainsi la quantité d’énergie nécessaire pour que la centrale chauffe le bâtiment. On peut produire de l’eau chaude dans le bâtiment, notamment de l’eau chaude sanitaire. Enfin, on peut aussi rafraîchir le bâtiment. Ce procédé est appelé “night cooling”. Le panneau Cogen’air peut s’adapter à de nombreux usages et être utilisé dans tous types de bâtiments (collèges, hôpitaux, bureaux, bâtiments territoriaux…). Avec ce panneau, nous disposons d’un moyen d’introduire quatre fois plus d’énergie renouvelable dans un bâtiment que ne le ferait un panneau photovoltaïque sur une toiture donnée qui, par définition, est finie. C’est également un moyen de réduire quatre fois plus l’empreinte carbone d’un bâtiment. Dans le cadre des politiques RSE mises en oeuvre par les grands groupes quel que soit le secteur d’activité, notre technologie suscite un fort intérêt car elle est perçue comme un moyen cohérent d’introduire des énergies renouvelables et d’améliorer l’efficacité énergétique des bâtiments. Là aussi, nous pensons avoir une certaine longueur d’avance et une assez bonne capacité aujourd’hui à traiter les besoins des grandes entreprises qui comprennent le caractère innovant de notre technologie.

Il existe des marchés sur lesquels nous avons décidé de ne pas aller. Quand nous sommes sollicités pour aller sur des marchés où l’on n’est pas présent pour le moment, notre technologie est peut être pertinente mais nous considérons qu’elle est moins intéressante qu’à d’autres endroits. Nous avons défini 4 marchés prioritaires: le séchage de fourrage, le séchage de biomasse, le séchage de déchets et l’efficacité énergétique des bâtiments. A quel rythme évoluent ces marchés? Il est difficile de le dire. Et comme ils ne répondent pas exactement aux mêmes règles et que nous n’avons pas affaire aux mêmes interlocuteurs, nous avons décidé, pour le moment, de nous positionner uniquement sur ces quatre marchés. Nous sommes conscients qu’il y a un risque d’avoir choisi le mauvais cheval. Mais, au fond, c’est cette incertitude et le fait de devoir se battre qui nous motivent au quotidien!

L’agroalimentaire fait partie des projets que l’on a décidé de différer parce qu’il existe des contraintes spécifiques. Pour le moment, nous avons décidé de nous concentrer sur les marchés qui nous semblent prioritaires. Le photovoltaïque produit de l’électricité mais c’est le critère chaleur qui indique si notre technologie présente un intérêt. En effet, il faut d’abord recenser l’existence d’un besoin de chaleur pour sécher ou chauffer. Et dans ce cas de figure, l’électricité vient comme un levier supplémentaire pour renforcer la rentabilité du projet. Il est important de rappeler que l’on fait trois fois plus de chaleur que d’électricité.

Malgré l’intérêt du panneau photovoltaïque hybride, nous sommes convaincus que les technologies photovoltaïques ont du sens par elles mêmes. Elles sont très bon marché et elles se déploient facilement. Les deux types de panneaux sont à la limite complémentaires. Le photovoltaïque permet de créer de grandes infrastructures de production d’électricité ou des infrastructures dispersées de production d’électricité. Cela répond précisément à un besoin alors que Base Innovation prend en charge des besoins simultanés d’électricité et de chaleur. Donc, nous sommes présents sur des marchés différents au final. Je pense que le photovoltaïque continuera à se déployer très fortement. Le thermovoltaïque ne remplacera pas cette technologie. Il viendra en complément sur un certain nombre de marchés à fort potentiel et présentant des besoins spécifiques. Dans l’industrie agroalimentaire en France par exemple, on consomme l’équivalent de la production de neuf réacteurs nucléaires simplement pour sécher des productions agroalimentaires uniquement pour cette activité économique. Si l’on se place au niveau mondial, on se rend compte de la quantité colossale d’énergie dont on a besoin pour sécher des productions agroalimentaires au sens large, depuis les pâtes, aux fruits et légumes en passant par les céréales…

Quels ont été les moments les plus difficiles et les plus enthousiasmants de votre projet ?

LM: Nous avons traversé fin 2014 et début 2015 une période assez difficile où l’on a failli déposer le bilan à cause d’un investisseur qui nous a “lâché” à la dernière minute. Honnêtement, il a été difficile de trouver un autre investisseur. Nous avons vécu une grosse crise ponctuée de doutes et d’incertitudes. J’ai rencontré des dizaines d’investisseurs et repreneurs parce que l’entreprise était vraiment dans une mauvaise passe, au bord du gouffre. Puis, nous avons rencontré Luc et Jean-François qui ont été capables de comprendre l’esprit de l’entreprise. Quand on cherche des investisseurs, le premier point à valider est l’adhésion à l’esprit d’entreprise. Deuxième point: ils doivent comprendre la nature du risque auquel ils s’exposent. Dans le cas de Base, l’investissement s’élevait à un million d’euros à deux puisque l’entreprise était assez endettée et surtout sans trésorerie. Luc et Jean-François ont pris ce risque car ils ont compris le potentiel de Base Innovation. Je les remercie encore aujourd’hui d’avoir réussi à sauver l’entreprise et de l’avoir aidée à se redresser. Luc et Jean-François ont vraiment cru dans notre entreprise. Ils nous ont relayé du point de vue financier pour accompagner Base vers son plein potentiel de croissance.

Cela me semble important de préciser que la motivation pour ce projet n’a jamais été financière. Je pense qu’on est attaché au sens que l’on donne à cette initiative qui nous motive chaque jour, toujours et encore! Nous avons aussi un grand plaisir à travailler avec nos collaborateurs. Nous savons aussi que si nous réussissons à répondre de manière pertinente aux besoins de nos marchés, le potentiel de croissance est gigantesque. C’est pour cela qu’on y croit ! Evidemment, nous ne sommes pas des philanthropes et nous serons satisfaits d’avoir réalisé une réussite économique et financière après un succès au plan technique. Notre entreprise est positionnée sur des marchés à fort potentiel de développement. Cet objectif de croissance est tout naturellement très stimulant.

Cette expérience professionnelle vous rend-elle heureux ?

LM: Je voudrais dire un dernier mot sur ce qui nous motive aujourd’hui. Personnellement, j’ai passé trente ans à diriger une entreprise et à me dire que l’important, ce n’était pas ce que je faisais mais la façon dont je le faisais. Pour moi, cela voulait dire bien faire son travail. En d’autres termes, nous étions tous de très bons professionnels dans notre secteur d’activité. Et j’essayais de faire vivre mes valeurs de dirigeant. Mais, la finalité de l’activité n’était pas très motivante en soi. Puis, à un moment donné, je me suis dit que ce serait bien de pouvoir être fier de ce que je fais et pas simplement de la façon dont je le fais.

Ce qui nous motive chez Base Innovation, c’est que l’on est heureux de ce qu’on fait parce qu’on peut être fier de la finalité du projet d’entreprise. Nous sommes satisfaits d’avoir réussi à créer une entreprise qui est aujourd’hui bien gérée, performante et dotée d’une technologie innovante. Mais, mon plus grand bonheur, c’est d’avoir été capable de constituer une équipe. Base emploie actuellement 17 personnes. Nous travaillons, par ailleurs, pour des filières d’avenir comme l’agriculture, le bois, les énergies renouvelables… C’est une mission passionnante qui est la nôtre. Faire vivre nos valeurs tout en recherchant la performance économique et technique, c’est ce qui nous fait vibrer chaque jour !