Les pionniers

Un stagiaire Shamengo au Cambodge

21 juin 2016
En stage de 4 mois dans l’entreprise Samatoa de notre pionnier Awen Delaval, Bruno Anes, étudiant en Master de l’Innovation à l’Université de Grenoble, nous livre son témoignage sur ce stage atypique, organisé en partenariat avec le programme Promising.
Créer dans l'éthique

Pourquoi avez-vous choisi ce stage ?

« Grâce au partenariat entre le programme Promising de l’Université et Shamengo, nous avions l’opportunité de choisir entre 3 pionniers. Mon premier choix s’est porté sur l’entreprise d’Awen Delaval, car je souhaitais partir à l’international et travailler sur un projet éthique. »

– Comment s’est passée votre arrivée ?

« Je suis arrivé début avril et j’ai tout de suite été en immersion culturelle, car la vendeuse de la boutique nous a invités à fêter le Nouvel An khmer dans son village. Ce fut un moment d’échange exceptionnel… l’aventure a bien commencé ! Les Cambodgiens sont des gens très gentils, on ne ressent aucune insécurité. On est accueillis très chaleureusement, on mange d’ailleurs régulièrement dans la famille de la vendeuse. On échange avec les populations locales et, au contraire d’un touriste, on a une grande chance de travailler avec eux. »

– En quoi consiste votre mission ?

« Ma mission consiste à assister Awen dans la gestion financière de son entreprise. Nous avons, entre autres, restructuré les coûts de production du lotus pour savoir quels bénéfices on pouvait dégager et à partir de quel moment on atteignait une certaine rentabilité. Nous travaillons également sur un important projet, en partenariat avec l’AFD. Il s’agit de rassembler toute la production sur le lac de Kamping Poy. Cela permettra, en 5 à 10 ans, de créer 500 emplois sur cette zone. L’idée est d’installer un atelier modèle pour les tisserands et les fileuses, dont l’activité sera intégrée au village. La boutique actuelle deviendrait un showroom pour vendre uniquement aux acheteurs et designers de grandes marques. »

– Comment se déroule votre journée ?

« La boutique est l’endroit où l’on vit. Ainsi, il n’y a pas de séparation entre vie privée et professionnelle : je sors de ma chambre et je suis dans mon bureau ! À l’étage, il y a 2 métiers à tisser, 2 tisserands et les couturières. La ferme aux lotus se trouve à une dizaine de minutes en touk-touk. On la fait visiter aux clients et aux touristes qui viennent voir cette production unique au monde. »

– Comment se passent vos relations avec Awen ?

« Il est présent, mais il nous donne énormément d’autonomie, si bien qu’on se sent vraiment utile dans le stage. Contrairement à une grande structure, il nous fait vraiment confiance. J’ai fait des choses que je n’avais jamais faites avant, comme de retravailler le pack d’actionnaire ou de refaire tous les calculs de production. Il essaie vraiment de nous intégrer au pays, de nous faire connaître la culture. Le fait qu’on vive ensemble développe une proximité : on forme une petite communauté à la maison et c’est très intéressant au niveau de nos échanges. »

– Qu’avez-vous appris ici que vous n’auriez pas pu apprendre ailleurs ?

« Les femmes ont un rôle éco prédominant, ce sont elles qui rapportent l’argent à la maison. Chez Samatoa, ce ne sont que des femmes qui travaillent, et un employé handicapé. Elles sont libres de travailler comme elles le souhaitent et elles arrivent à gérer les contraintes qu’elles peuvent avoir dans leur vie familiale. Le rythme est très différent des structures de grande taille dans lesquelles j’avais travaillé auparavant, et où on ne pouvait pas dire « attends ». Ici, la phrase préférée des Cambodgiens est « chamtick » : attends un peu. Au début, il faut s’armer de patience, mais ensuite on s’y fait. On apprend à voir les choses différemment. C’est vraiment ce que je recherchais en venant chez Samatoa et au Cambodge. Je suis content d’être dans une structure ou l’éthique est vraiment irréprochable. »

– Qu’envisagez-vous de faire par la suite ?

« Le but de ce stage est de nous ouvrir l’esprit, de nous inspirer et de voir toutes les difficultés qu’on peut rencontrer dans ce genre d’entreprise, les contraintes qui y sont liées. Avant de poursuivre en 2ème année de master, je souhaite faire une année de césure avec meilleur ami, qui est également en stage Shamengo en Afrique du sud. Notre projet est de faire un voyage d’un an en Nouvelle-Zélande, puis monter une entreprise sociale dans un but éthique. »

À propos de Samatoa :

Samatoa est située non loin de la ville Siem Reap (à côté des temples d’Angkor). « Samatoa » signifie « équitable » en Khmer. L’entreprise produit et commercialise des tissus et vêtements en fibres végétales, principalement à base de Lotus. Awen Delaval a récemment reçu le Prix UNESCO pour la « Serenity scarf », une étole tissée avec un mélange de soie et lotus. Cette étole a d’ailleurs été portée par le président François Hollande et plusieurs ministres français lors de la remise du prix « La France s’engage au Sud ».